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Les effets de la pratique du yoga sur l’image corporelle



La pratique du yoga peut s’avérer bénéfique, aussi bien pour la santé physique que mentale des individus. Par exemple, plusieurs études montrent une réduction des niveaux de stress, d’anxiété, des symptômes dépressifs, des douleurs physiques et de la tension artérielle ainsi qu’une amélioration de la régulation émotionnelle, de la flexibilité et de la force (Büssing et al., 2012 ; Campelo et al., 2025). Il est important de noter que ces effets sur les plans neurologique, cognitif, psychologique et physique varient selon le type de yoga pratiqué ou encore selon la durée de la pratique. Compte tenu de ces bienfaits recensés, le yoga a été intégré à des interventions thérapeutiques et a notamment suscité l’intérêt des chercheur·euses dans le domaine de l’image corporelle.


En effet, l’engouement pour la recherche entre yoga et image corporelle découle naturellement du fait que le yoga est une pratique centrée sur la pleine conscience et la connaissance de son corps. Le yoga intègre des postures physiques, des exercices de respiration et de la méditation, qui contribuent à renforcer la connexion entre le corps et l’esprit (English et al., 2022). En ce sens, c’est une pratique qui encourage les individus à adopter une attitude d’acceptation, de gratitude et de respect de leur corps, ce qui s’ancre parfaitement dans une perspective de promotion de l’image corporelle positive.


Mais concrètement, que nous dit la recherche au sujet des effets de la pratique du yoga sur l’image corporelle ? Rupani et al. (2024) ont conduit une revue systématique de la littérature visant à comprendre les effets du yoga sur l’image du corps en population adulte. Les auteurs se sont notamment centrés sur la pratique seule du yoga (en excluant les articles qui combinaient plusieurs composantes, comme par exemple la pratique du yoga associée à des exercices d’écriture), en se limitant aux études quantitatives. Ils en concluent que les interventions centrées sur le yoga peuvent améliorer la satisfaction corporelle et réduire les composantes d’image corporelle négative, aussi bien chez les hommes que chez les femmes. En population clinique ou subclinique, le yoga peut être une stratégie thérapeutique afin de réduire l’insatisfaction corporelle. Des niveaux plus élevés d’image corporelle positive et des niveaux plus faibles d’image corporelle négative sont retrouvés chez les personnes qui pratiquent le yoga, comparativement à des personnes qui n’en pratiquent pas (ou peu). Il semblerait aussi que plus les personnes consacrent du temps à pratiquer du yoga, plus la satisfaction et l’appréciation corporelle augmentent. Concernant les modalités d’intervention, l’efficacité est plus marquée pour les sessions d’une durée minimale de 4 semaines ou plus (avec plusieurs séances par semaine ou des séances d’une durée d’une heure minimum). Cependant, les auteurs restent prudents concernant ces éléments dans la mesure où la qualité méthodologique des études avec des interventions plus brèves (<4 séances) et moins fréquentes reste relativement faible. Il est donc difficile de savoir si des interventions plus courtes pourraient s’avérer aussi bénéfiques que des interventions plus longues. Il en va de même concernant le style de yoga : compte tenu de la disparité en termes de qualité méthodologique et de quantité des études conduites pour chaque style de yoga (Hatha yoga et Vinyasa yoga ici), il est difficile de savoir si une pratique spécifique serait plus adaptée qu’une autre afin d’améliorer l’image corporelle.


Une autre revue systématique a été conduite par Schneider et al. (2026), en se centrant sur les effets du yoga sur l’image du corps des enfants et adolescent·es. Onze études étaient incluses au total, et montraient globalement des effets positifs ou neutres du yoga sur l’image corporelle des enfants et adolescent·es, sans qu’aucun effet néfaste n’ait été observé. Les interventions reposant exclusivement sur le yoga semblent apporter des améliorations légères en matière de satisfaction et d’estime corporelle, ainsi qu’une diminution de l’insatisfaction corporelle et de la surveillance du corps. Les effets sur l’appréciation corporelle et l’estime de soi sont plus mitigés. Ces résultats sont en accord avec ceux de Bullard et al. (2025), qui rapportent un manque de consensus dû à des limites méthodologiques importantes (faible nombre de participants, études de qualité faible à modérée). Par contre, les programmes combinant le yoga à d’autres composantes (psychoéducation, groupes de discussion…) se révèlent plus efficaces et mènent à des résultats plus homogènes dans la littérature, avec une diminution de l’insatisfaction corporelle et de la recherche de minceur (par exemple, voir les programmes « Girls’ Group » de Scime et al. (2006, 2008) ou « Girls Growing in Wellness and Balance » de Cook-Cottone et al. (2017) chez les enfants et adolescentes, « Yoga at Every Size » de Webb et al. (2022) chez les adultes).


Plusieurs mécanismes pourraient expliquer l’influence du yoga sur l’image corporelle, comme l’indiquent Schneider et al. (2026) :

  • Le yoga favoriserait l’embodiment (l’incarnation corporelle, c’est-à-dire le sentiment subjectif d’être pleinement connecté et conscient de son corps) : les mouvements réalisés en pleine conscience et l’attention portée à la respiration permettraient de favoriser l’appréciation de l’expérience corporelle (Impett et al., 2006).

  • Le yoga permettrait davantage de se centrer sur la fonctionnalité corporelle, à savoir valoriser le corps pour ce qu’il est capable de faire et pour les fonctions qu’il remplit, plutôt que pour son apparence physique (Alleva et al., 2020).

  • L’intégration de pratiques de pleine conscience et d’autocompassion amènerait à une réduction de l’auto-critique et à mieux tolérer les imperfections que l’on perçoit de son corps (Albertson et al., 2015)

  • La pratique en collectif permettrait d’offrir du soutien social, de diminuer les comparaisons sur la base de l’apparence et de favoriser la normalisation de la diversité des corps (Pickett & Cunningham, 2017).


Si plusieurs bénéfices sont associés à la pratique du yoga, il est important d’être critique sur la façon et le contexte dans lequel les sessions sont réalisées. En effet, plusieurs facteurs peuvent entrer en jeu et même être parfois délétères pour les individus. L’étude de Frayeh & Lewis (2018) illustre parfaitement ces propos : deux conditions de pratique du yoga étaient comparées, une condition où la salle comportait des miroirs et une autre où il n’y avait pas de miroirs. Dans tous les cas, il y avait une augmentation du niveau d’appréciation de l’image corporelle après la session de yoga, mais les participantes de la condition avec miroirs rapportaient des niveaux plus élevés d’anxiété sociale physique et de comparaisons sociales en lien avec l’apparence comparativement à la condition sans miroir. Les facteurs contextuels (comme la présence de miroirs, d’instructions qui se focalisent sur l’apparence, l’absence de diversité corporelle au sein du groupe) peuvent donc particulièrement altérer les effets positifs observés auparavant (Tylka & Alleva, 2025).


Conclusion :

Plusieurs études ont démontré une association entre la pratique du yoga et une meilleure satisfaction corporelle. Les bénéfices semblent être observés aussi bien en population générale qu’en population clinique, bien que les recherches appliquées aux enfants et adolescent·es soient limitées et démontrent des résultats plus contrastés. Cependant, il convient d’être prudent concernant ces effets. Les études actuelles restent d’une qualité faible à modérée, et il est nécessaire de conduire des recherches avec une méthodologie plus rigoureuse afin de confirmer ces premiers résultats. Dans de futures perspectives, il serait important de considérer les caractéristiques propres des interventions, comme le style de yoga pratiqué, la durée, l’intensité des séances ou encore les éléments contextuels, afin de mieux comprendre l’influence du yoga sur l’image corporelle. Ainsi, bien que les interventions intégrant le yoga représentent une piste prometteuse, elles nécessitent encore de faire l’objet de recherches plus approfondies et plus solides sur le plan méthodologique.


Références :

Albertson, E. R., Neff, K. D., & Dill-Shackleford, K. E. (2015). Self-compassion and body dissatisfaction in women: A randomized controlled trial of a brief meditation intervention. Mindfulness, 6(3), 444–454. https://doi.org/10.1007/s12671-014-0277-3


Alleva, J. M., Tylka, T. L., van Oorsouw, K., Montanaro, E., Perey, I., Bolle, C., Boselie, J., Peters, M., & Webb, J. B. (2020). The effects of yoga on functionality appreciation and additional facets of positive body image. Body Image, 34, 184–195. https://doi.org/10.1016/j.bodyim.2020.06.003


Bullard, N., Rupani, N., Renteria, J. A., Miller, J., & Kaliebe, K. E. (2025). Yoga as a therapeutic intervention for body image in the pediatric population: a systematic review. Journal of eating disorders, 13(1), 222. https://doi.org/10.1186/s40337-025-01386-9


Büssing, A., Michalsen, A., Khalsa, S. B., Telles, S., & Sherman, K. J. (2012). Effects of yoga on mental and physical health: a short summary of reviews. Evidence-based complementary and alternative medicine : eCAM, 2012, 165410. https://doi.org/10.1155/2012/165410


Campelo, G., de Araújo, J. R., Aristizabal, J. P., de Souza, W., & de Castilho, G. M. (2025). Long-term effects of yoga-based practices on neural, cognitive, psychological, and physiological outcomes in adults: a scoping review and evidence map. BMC complementary medicine and therapies, 25(1), 92. https://doi.org/10.1186/s12906-025-04825-x


Cook-Cottone, C., Talebkhah, K., Guyker, W., & Keddie, E. (2017). A controlled trial of a yoga-based prevention program targeting eating disorder risk factors among middle school females. Eating disorders, 25(5), 392–405. https://doi.org/10.1080/10640266.2017.1365562


English, A., McKibben, E., Sivaramakrishnan, D., Hart, N., Richards, J., & Kelly, P. (2022). A Rapid Review Exploring the Role of Yoga in Healing Psychological Trauma. International journal of environmental research and public health, 19(23), 16180. https://doi.org/10.3390/ijerph192316180


Impett, E. A., Daubenmier, J. J., & Hirschman, A. L. (2006). Minding the body: Yoga, embodiment, and well-being. Sexuality Research & Social Policy, 3(4), 39–48. https://doi.org/10.1525/srsp.2006.3.4.39


Rupani, N., Miller, J., Renteria, J. A., & Kaliebe, K. E. (2024). The impact of yoga on body image in adults: A systematic review of quantitative studies. Body image, 51, 101772. https://doi.org/10.1016/j.bodyim.2024.101772


Schneider, J., Smith, H. G., Paraskeva, N., & Craddock, N. (2026). A mixed-methods systematic review of the impact of yoga on body image outcomes among children and adolescents. Body image, 57, 102093. https://doi.org/10.1016/j.bodyim.2026.102093


Scime, M., & Cook-Cottone, C. (2008). Primary prevention of eating disorders: a constructivist integration of mind and body strategies. The International journal of eating disorders, 41(2), 134–142. https://doi.org/10.1002/eat.20480


Scime, M., Cook-Cottone, C., Kane, L., & Watson, T. (2006). Group prevention of eating disorders with fifth-grade females: impact on body dissatisfaction, drive for thinness, and media influence. Eating disorders, 14(2), 143–155. https://doi.org/10.1080/10640260500403881


Tylka, T.L., Alleva, J.M. (2025). Yoga and Body Image. In: Cook-Cottone, C., Tylka, T.L. (eds) Yoga as Embodied Mindfulness. Mindfulness in Behavioral Health. Springer, Cham. https://doi.org/10.1007/978-3-031-83418-9_14


Webb, J. B., Padro, M. P., Thomas, E. V., Davies, A. E., Etzel, L., Rogers, C. B., & Heredia, N. I. (2022). Yoga at Every Size: A Preliminary Evaluation of a Brief Online Size-Inclusive Yoga and Body Gratitude Journaling Intervention to Enhance Positive Embodiment in Higher Weight College Women. Frontiers in global women's health, 3, 852854. https://doi.org/10.3389/fgwh.2022.852854

 
 
 

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