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Comment le genre influence-t-il l’image corporelle ?

Dans les articles précédents, nous avons vu que notre environnement (culture, lieu de vie, réseaux sociaux etc.) pouvait aussi bien être des facteurs de risque et des facteurs protecteurs concernant l’insatisfaction corporelle, un concept central lorsqu’on tente d’évaluer l’image corporelle. D’autres facteurs peuvent être en cause, par exemple : le genre, l’âge, l’orientation sexuelle ou encore l’état de santé. Penchons-nous ici sur les liens entre le genre de l’image corporelle. Bonne lecture !


Tout d’abord, précisons que les études permettant d’explorer ce sujet ne sont pas nombreuses puisque la majorité des études sur l’image corporelle se concentre sur une population de jeunes femmes cisgenre, nous manquons donc d’études portant sur les femmes à d’autres âges, d’études portant sur les autres genres et d’études comparatives selon les genres.


Une étude longitudinale (1) menée en Allemagne sur plus de 1000 adultes âgé.e.s de 16 à 88 ans a étudié différentes composantes de l’image corporelle en considérant le genre et l’âge des participant.e.s. Les 3 composantes de l’image corporelle étudiées sont les suivantes :


  • L’insatisfaction corporelle, ici définie comme le fait d’avoir des pensées et ressentis négatifs envers son propre corps, et mesurée à l’aide du questionnaire MBSRQ-AS

  • L’importance accordée à l’apparence, également mesurée par ce questionnaire, et qui reflète le niveau l’investissement cognitif et comportemental dans sa propre apparence physique ; pour compléter le MBSRQ-AS à ce sujet, 2 questions ont été posées aux participant.e.s : « Combien d’années de votre vie seriez-vous prêt.e à sacrifier si vous pouviez avoir l’apparence de votre choix ? » et « Combien d’heures seriez-vous prêt.e à consacrer à votre apparence si cela vous permettait d'avoir l’apparence de votre choix ? »

  • L’appréciation corporelle, définie comme le fait d’accepter, de respecter son propre corps et d’en avoir une opinion favorable, ainsi que de rejeter les idéaux de beauté irréalistes véhiculés par les médias ; à noter que ce concept n’est pas l’opposé de l’insatisfaction corporelle et que tous deux peuvent co-exister ; elle a été mesurée ici par le questionnaire BAS-2.


Il en ressort que l’image corporelle est majoritairement vécue différemment selon le genre :


  • L’importance accordée à l’apparence et l’insatisfaction corporelle sont plus élevées chez les femmes que chez les hommes (sachant que dans l’étude comme en population allemande l’IMC moyen était plus élevé chez les hommes que chez les femmes) ;

  • Chez les femmes comme chez les hommes, le niveau d’insatisfaction corporelle reste relativement inchangé lors de l’avancement en âge ;

  • Chez les hommes uniquement, l’avancement en âge est associé à une diminution de l’importance accordée à l’apparence ;

  • Pour atteindre leur idéal esthétique, les femmes sont prêtes à y investir plus de temps chaque jour que les hommes ;

  • En prenant de l’âge, les femmes comme les hommes sont prêt.e.s à sacrifier moins d’années de leur vie pour correspondre à leur idéal esthétique ;

  • L’appréciation corporelle est moindre chez les femmes que chez les hommes de manière générale, en revanche l’appréciation corporelle augmente avec l’âge chez les femmes, alors que chez les hommes le niveau d’appréciation corporel est stable dans le temps ;

  • Chez les deux genre, l’IMC est positivement corrélé à l’insatisfaction corporelle (plus l’IMC est haut, plus il y a de risque d’être en insatisfaction corporelle) et négativement corrélé à l’appréciation corporelle, en revanche aucune corrélation n’a été mise en évidence entre l’IMC et l’importance accordée à l’apparence.


Afin de compléter avec quelques chiffres, citons tout d’abord cette étude (2) menée à Singapour sur 2600 personnes de 15 à 35 ans grâce à l’échelle BSQ-8C :


  • En moyenne 20,2% des personnes interrogées sont concernées par l’insatisfaction corporelle, chiffre inférieur à la majorité des études similaires conduites dans d’autres pays ;

  • 25,7% des femmes interrogées montrent une insatisfaction corporelle modérée à marquée, contre 14,8% des hommes interrogés, c’est 1,7 fois supérieur ;

  • Parmi les femmes interrogées, 71,5% sont d’ethnie chinoise, 16,4% d’ethnie malaisienne et 9,1% d’ethnie indienne, et ce sont les femmes d’ethnie indienne qui reportent le plus d’insatisfaction corporelle modérée à marquée. En effet, 34,3% des femmes d’ethnie indienne sont concernées, c’est 1,3% supérieur à la moyenne des femmes toutes ethnies confondues, ce qui rappelle que le genre est un facteur parmi d’autres prédisposant à l’insatisfaction corporelle (cf article « Comment les différentes cultures influencent-elles l’image corporelle ? ») ;

  • Notons que chez les hommes interrogés aucune origine ethnique n’est associée à une insatisfaction corporelle plus importante ;

  • Les femmes de moins de 30 ans sont beaucoup plus concernées par l’insatisfaction corporelle, jusqu’à plus de 2 fois plus que les femmes de plus de 30 ans, et les femmes mariées sont moins concernées que les femmes célibataires ou divorcées/séparées ; cette tendance s’observe aussi chez les hommes tout en étant bien moins marquée.


Comme évoqué plus haut, la quasi totalité des études sur l’image corporelle portent sur des femmes cisgenres, et nous avons analysé en détails les conclusions de deux études comparant le vécu de l’image corporelle chez des femmes cisgenres et chez des hommes cisgenres. Nous manquons certainement encore d’informations concernant la diversité des genres, mais regardons toutefois deux études très intéressantes sur le sujet.


Tout d’abord, voici ce qu’il ressort d’une revue de la littérature (3) incluant 79 études sur le sujet soit 3388 participant.e.s :


  • Subir de la stigmatisation et/ou de la discrimination est systématiquement associé à davantage de troubles de l’image corporelle (ainsi qu’à davantage de troubles des conduites alimentaires), et les personnes ne répondant pas aux attentes sociétales concernant le genre (être une femme féminine ou être un homme masculin) subissent régulièrement des stigmatisations, des discriminations et des violences verbales, psychologiques et physiques du fait de leur apparence physique et/ou de leur identité plus largement ;

  • Sans qu’elle soit obligatoirement présente chez cette population, la dysphorie de genre (définie ici comme une incohérence entre le sexe assigné à la naissance et l’identité de genre d’une personne) est toutefois fréquente et peut contribuer au développement de problématiques de l’image corporelle.


Enfin, terminons par les résultats très intéressants d’une étude (4) ayant souhaité comparer l’image corporelle d’un groupe de 77 personnes transgenres (65 s’identifient comme transgenre et 9 comme queer) avec l’image corporelle d’un groupe de 77 personnes cisgenres ayant les mêmes caractéristiques (âge, sexe assigné à la naissance, IMC, nombre d’années d’études, orientation sexuelle) :


  • Les personnes transgenres ont une objectification corporelle (mesurée par l’échelle OCB) plus importante que les personnes cisgenres, l’objectification corporelle étant ici définit comme la tendance à se considérer et à se traiter soi-même ainsi que les autres comme un objet, se jugeant essentiellement sur l’apparence physique plutôt que sur les qualités inhérentes à soi et les accomplissements personnels ;

  • Les personnes transgenres ont une insatisfaction liée à leur corpulence plus importante que les personnes cisgenres ;

  • Il n’y a pas de différence significative entre ces 2 groupes concernant la comparaison à l’autre (mesurée par l’échelle PACS).


Bien sûr, d’autres études complémentaires sur le sujet seront toujours intéressantes, notamment pour proposer des accompagnements et des interventions de prévention pertinentes et novatrices. À ce stade, nous pouvons toutefois conclure que les femmes et les minorités de genre sont les populations les plus touchées par les troubles de l'image corporelle et qui nécessitent donc le plus d’attention et d’accompagnements personnalisés.


Bibliographie :


(1) Body Dissatisfaction, Importance of Appearance, and Body Appreciation in Men and Women Over the Lifespan, Quittkat et al. Front Psychiatry. 2019 Dec 17;10:864. doi: 10.3389/fpsyt.2019.00864


(2) Gender-based analysis of body dissatisfaction among youths in Singapore: findings from the National Youth Mental Health Study, Ellaisha Samari and al. Front. Psychiatry, 25 April 2025, Sec. Public Mental Health Volume 16 - 2025 | https://doi.org/10.3389/fpsyt.2025.1505161


(3) Correlates of body dissatisfaction and eating disorder symptoms in transgender and gender diverse populations: A systematic review, Katherine Laveway and al. doi : 10.1016/j.bodyim.2025.102029 


(4) Transgender body image: Weight dissatisfaction, objectification & identity -Complex interplay explored via matched group, Paolo Meneguzzo and al, Int J Clin Health Psychol actions. 2024 Jan-Mar;24(1):100441. doi: 10.1016/j.ijchp.2024.100441 


 
 
 

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