Prévention conjointe des troubles des conduites alimentaires et de l’IMC élevé : résumé d’une méta-analyse
- Roxane TURGON

- 29 nov.
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Cet article est un résumé argumenté de la méta-analyse suivante :
Le, L.KD., Tan, E.J., Perez, J.K. et al. Prevention of high body mass index and eating disorders: a systematic review and meta-analysis. Eating Weight Disorders, 27, 2989–3003 (2022). https://doi.org/10.1007/s40519-022-01458-8
Les professionnel.le.s sont nombreux à se demander si une prévention conjointe des troubles des conduites alimentaires (TCA) et l’Indice de Masse Corporelle (IMC) élevé serait possible. Dans cette étude, les auteur.ices définissent l’IMC élevé comme étant un IMC plus élevé que 25 kg/m² ou classifié comme surpoids et obésité. Etant donné les facteurs de risque commun retrouvés dans la littérature, notamment la restriction alimentaire, l’utilisation des médias, l’insatisfaction corporelle et les moqueries sur le poids (Haines & Neumark-Sztainer, 2006 ; NEDC, 2017), et le taux de prévalence de l’hyperphagie dans l’obésité entre 13 et 27% (Montano, Rasgon and Herman, 2015), une prévention conjointe permettrait d’améliorer ces facteurs de risque et de réduire l’apparition des TCA ainsi que du surpoids/obésité.
La méta-analyse (résumé statistique de plusieurs études) inclut 23 études dont la cible est la prévention des TCA, 21 études dont la cible est la prévention de l’IMC élevé et 10 études dont la cible est la prévention conjointe des TCA et de l’IMC élevé. Les études portant sur la prévention des TCA montrent des effets positifs sur la réduction des facteurs de risque, les études portant sur la prévention de l’IMC élevé montrent des effets positifs ou mitigés sur l’IMC selon les programmes et les études sur la prévention conjointe montrent des effets sur les facteurs de risque des TCA mais pas sur l’IMC. Etonnamment, certains des programmes ayant pour cible la prévention de l’IMC élevé montrent des effets sur l’IMC et également sur certains facteurs de risque des TCA comme l’insatisfaction corporelle et la restriction alimentaire. Cependant ces résultats restent à court terme (juste après la fin du programme) et demandent à être reproduits afin d’évaluer l’impact des programmes à moyen et long terme.
Les programmes ayant un impact à court terme à la fois sur les facteurs de risque des TCA et sur l’IMC élevé proposent un contenu centré principalement sur l’alimentation saine et sur l’activité physique. Certains programmes proposent un contenu sur l’image corporelle et l’estime de soi. Les approches utilisées sont la dissonance cognitive, la psycho-éducation, la thérapie comportementale et la thérapie interpersonnelle. Ces programmes sont la plupart du temps proposés dans les établissements scolaires et à l’université.
Conclusion
Au vu de ces résultats, la prévention conjointe des TCA et du surpoids/obésité telle qu’elle est proposée actuellement ne semble pas pertinente. A mon sens, deux axes se dégagent pour améliorer la prévention conjointe proposée. Tout d’abord, une prévention sur les facteurs de risque commun pourrait être envisagée. Le contenu pourrait porter sur les facteurs de risque commun comme l’insatisfaction corporelle et l’utilisation des médias via des interventions visant l’image corporelle et l’éducation aux médias. L’autre problématique me semble être les facteurs visés concernant la prévention de l’IMC élevé. La prévention de l’IMC élevé vise à prévenir le développement d’un surpoids et de l’obésité, or la littérature montre que les causes de l’obésité sont multifactorielles (Masood & Moorthy, 2023) et ne se résument pas à l’alimentation et l’activité physique. La prévention du surpoids et de l’obésité devrait être multi-composantes afin de cibler un plus grand nombre de facteurs de risque de l’obésité qui peuvent être réduits. La littérature scientifique a démontré l'impact d’autres facteurs comme le manque de sommeil, le stress ou le microbiote (Masood & Moorthy, 2023). Les échanges avec les professionnel.le.s du terrain amènent à penser que le facteur de risque qu’est la restriction cognitive et la prise en charge précoce des symptômes de stress post-traumatique devraient également être ciblés dans la prévention du surpoids et de l’obésité.
Bibliographie
Haines J., Neumark-Sztainer D. (2006). Prevention of obesity and eating disorders: a consideration of shared risk factors. Health Education Research, 21(6):770–782
Masood B. & Moorthy M. (2023). Causes of obesity: a review. Clinical Medicine (London), 23(4):284-291. doi: 10.7861/clinmed.2023-0168
Montano CB., Rasgon NL., Herman BK. (2016). Diagnosing binge eating disorder in a primary care setting. Postgrad Medicine, 128(1):115-23. doi: 10.1080/00325481.2016.1115330
National Eating Disorders Collaboration (2017). Eating Disorders & Obesity Treatments: a systematic review of the physical, psychological and eating disorders outcomes from obesity treatments, National Eating Disorders Collaboration
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